On ne naît pas père, on le devient

papabebe

Il monta dans la voiture, prit place au volant et n’alluma pas tout de suite le contact.

Il renversa la tête sur son siège et ferma les yeux un instant.

Toutes les images de ces dernières heures affluèrent: le réveil, cœur qui bat, adrénaline : « Chéri, je crois que ça y est, il va falloir que tu m’accompagnes à l’hôpital… »  Il avait pourtant eu le temps de se préparer, mais non, rien de rien, cœur qui bat, adrénaline…

« Mais où est-ce que j’ai fichu mes chaussettes ? » Ramper sous le lit pour les récupérer ces diables de chaussettes, les mettre à l’envers, penser : « vite, vite, et si ça arrive à la maison ? Pire ! Sur le chemin ? » Elle, insupportablement calme, presque souriante,qui lui dit: 

« Mais non, tu as le temps, pas la peine de t’énerver comme ça, je te dis que tu as le temps.

-Mouais, quand on en aura eu douze, je resterai calme mais là excuse, hein, c’est mon premier accouchement, alors, j’ai le droit de paniquer ».

Et  tout de suite réaliser le ridicule de la situation. Son premier accouchement… stupid boy !

L’hôpital, enfin, la sage qui le pousse doucement hors de la salle : « Je vais l’examiner, Monsieur, attendez là-bas, je vous rejoins dans un instant. » Toutes ces images surfaites de pères grillant cigarette sur cigarette dans les films, ces types pathétiques, pas rasés, rongeant leur frein, tapant du pied en cadence…

Le retour de la sage femme : « Vous savez, vous devriez aller vous recoucher, il y en a pour un moment, elle en est au début du travail. Revenez demain matin. Souhaitez-vous assister à la ?»

Il n’avait pas répondu. Qu’aurait-il pu répondre ? Que ça feraitcertainement plaisir à sa femme, mais que lui, franchement, le cœur lui manquait !  Il savait bien qu’un accouchement ce n’était pas un moment de lys et de roses, il avait eu des flashs un peu gores, et la question l’avait tenu éveillé jusqu’au matin. Ne pas rester était-il une lâcheté ? Rester ne lui mettrait-il pas le cœur au bord des lèvres ?

Le hasard, les circonstances avaient choisi pour lui. Il était arrivé, un peu défait de n’avoir pas pris sa décision… quand la première personne qu’il croisa dans le couloir fut la sage femme rencontrée la veille. Il n’avait compris ni le sourire, ni les félicitations d’usage, il n’avait rien compris. Il avait hasardé un « Ce sera encore long ? », la jeune femme avait souri de nouveau et lui avait répondu, comme on parle à un simple d’esprit : « Tout s’est très bien passé, Monsieur, l’enfant est né il y a un petit quart d’heure. Pour le moment on s’occupe de lui et de la maman, vous pourrez les voir très vite, attendez là, on viendra vous chercher. Alors, comme dans un rêve il avait attendu, comme dans un rêve, on était venu le chercher, comme dans un rêve, il avait croisé le sourire un peu las de sa femme. Comme dans un rêve, il s’était retrouvé avec une toute petite chose dans les bras.

Sa fille ???
SA fille ?
SA FILLE A LUI !!!

Tous ses doutes, toutes ses questions s’étaient envolées avec ce tout petit bout de femme dont il était tombé amoureux fou au premier instant, au premier regard. Il n’avait plus qu’une seule certitude : il tenait dans ses bras la deuxième femme de sa vie.

Il mit le contact, la radio était restée allumée. Louis Armstrong chantait ”What a wonderful world” *.

 

*Quel monde merveilleux

 

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